
Le Musée de la mémoire vivante est une institution consacrée exclusivement au patrimoine immatériel, que sont les témoignages et récits de vie. Comme en fait foi son énoncé de mission :
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Le Musée de la mémoire vivante prend le relais de l’'oeuvre de Philippe Aubert de Gaspé et des principales fonctions qu’exerçait son manoir au XIXe siècle. Espace de création, d’hospitalité, de discussions, de fêtes et de direction. Il se consacre aux histoires de vie et témoignages sous toutes leurs formes (orales, écrites, graphiques, audiovisuelles, numériques, etc.). Il conserve, étudie et met en valeur la mémoire de ses publics dans le but d’enrichir leur compréhension du monde et afin de transmettre ces repères culturels aux générations futures. Cette institution est en soi une mémoire vivante en constante évolution. |

Un premier manoir fut érigé sur le site vers 1730-1740 par le seigneur Pierre Aubert de Gaspé ou suite à son décès, par sa veuve Madeleine Angélique Legardeur de Tilly. La date précise de construction et lemplacement exact, de même que larchitecture de ce bâtiment, nous échappent encore. Nous savons, cependant, que les troupes anglaises y mirent le feu en 1759.
Un second manoir fut construit au lendemain de la Conquête vers 1762-1763. Les documents historiques, notamment plusieurs photographies anciennes, ainsi que les fouilles archéologiques menées entre 1988 et 1990 ont permis den documenter lhistoire et lévolution.
Philippe Aubert de Gaspé, dans Les anciens Canadiens, décrit ainsi le manoir : «C'était une bâtisse à un seul étage, à comble raide, longue de cent pieds, flanquée de deux ailes de quinze pieds avançant sur la cour principale ».
Cette description correspond au manoir tel que l'a connu l’auteur dans sa jeunesse et comme nous le présentent encore les photographies de la fin du XIXe siècle. Nous savons aujourd’hui que le manoir fit l’objet d’agrandissements successifs.
Le manoir Aubert-de-Gaspé reposait sur un solide solage de pierres au ras du sol et ne comportait pas de cave. Le carré était de pièces sur pièces assemblées à queue-daronde ou à coulisse selon la manière de construire au XVIIIe siècle. La charpente du toit, à comble raide, devait être de type croix de Saint-André, tel quil en existe encore quelques spécimens dans la région immédiate. Le bâtiment était recouvert de planches posées à la verticale et la toiture, percée de lucarnes, était recouverte de bardeaux de cèdre. La porte centrale était flanquée de nombreuses fenêtres disposées avec symétrie, ce qui, avec les deux ailes, conférait à lédifice lallure classique dune gentilhommière desprit français.

Le manoir fut la proie des flammes au printemps de 1909.
En 1987, un groupe de citoyens met sur pied la Corporation Philippe-Aubert-de-Gaspé dans le but de reconstituer la base du domaine seigneurial et de reconstruire le manoir. À cette fin, elle rachète des parcelles de terre comprenant le vieux four à pain et les ruines de la vieille habitation. Le site sétend désormais de part et dautre de la route 132. Dans sa partie sud, il comprend la falaise; dans sa partie nord, il sétend jusquau fleuve Saint-Laurent.
La Corporation commanda des fouilles archéologiques qui furent exécutées en trois campagnes et un inventaire archéologique sur lensemble de la propriété.
Par la suite en continuité avec luvre de Philippe Aubert de Gaspé la corporation, avec différents partenaires, entreprend une réflexion qui la conduit à élaborer le concept du Musée de la mémoire vivante. Elle commence la reconstruction, en 2007, dun édifice dont laspect extérieur respecte lallure du dernier manoir.
Pendant trois générations, de 1762-63 à 1871, ce manoir fut occupé par les seigneurs et seigneuresses du Port-Joly.
Dabord par Ignace-Philippe Aubert de Gaspé qui fut seigneur des lieux jusquen 1787, année de son décès. Son épouse, Marie-Anne Coulon de Villiers, lui succéda jusquà sa mort deux ans plus tard. Leur fils, Pierre-Ignace devint alors le nouveau seigneur et, de 1789 à 1823, soccupa activement du développement socio-économique de Saint-Jean-Port-Joli. Sa veuve, Catherine Tarieu de Lanaudière, prit la relève et habita le manoir avec sa famille de 1823 à 1842.
Cette année-là, le domaine seigneurial passa aux mains de leur fils aîné, Philippe Aubert de Gaspé, né en 1786. Ses uvres, Les anciens Canadiens et Mémoires, quil écrivit sur ses vieux jours, connurent un vif succès. Philippe Aubert de Gaspé mourut en 1871. Le dernier seigneur fut inhumé sous le banc seigneurial en léglise paroissiale de Saint-Jean-Port-Joli.
Au décès de Philippe Aubert de Gaspé, la succession mit en vente le vieux manoir et lexploitation agricole adjacente. Un citoyen de Saint-Jean-Port-Joli, Moïse Leclerc sen porta acquéreur et poursuivit la culture de la terre.
Après lincendie de 1909, la famille Leclerc entreprit alors de reconstruire, sur les anciennes fondations, une nouvelle demeure au goût du jour. Jusquen 1983, pendant plus de 100 ans, les Leclerc se transmirent la terre des de Gaspé de père en fils - Moïse, Évariste et Maurice - avant que la Corporation Philippe-Aubert-de-Gaspé nentreprenne la mise en valeur du site.
Philippe Aubert de Gaspé fait ses études classiques au séminaire de Québec. Il entreprend, par la suite, des études en droit et est admis au barreau en 1811. Cette même année, il épouse Suzanne Allison, fille de Thomas Allison, capitaine du 5e régiment de linfanterie britannique.
Membre de la haute bourgeoisie de Québec, il participe activement à la vie culturelle, sportive et financière de la ville. Monsieur de Gaspé semble mener grand train de vie dans la capitale. Trouvé coupable dun important détournement de fonds et incapable de rembourser, il est destitué de sa charge de shérif le 14 novembre 1822. Il se réfugie alors au manoir de ses parents ici même à Saint-Jean-Port-Joli. Cest là quil assiste son fils Philippe-Ignace-François dans la rédaction de son livre Linfluence dun livre, considéré comme le premier roman canadien-français.
Sa retraite au Port-Joly dura 14 années où il vécut constamment au milieu des siens dans la crainte que ses créanciers ne le fassent emprisonner pour dettes. Ce qui se produisit en mai 1838. Il ne sera libéré que trois ans plus tard.
À sa sortie de prison, Philippe Aubert de Gaspé, alors âgé de 55 ans, rejoint sa mère, son épouse et ses enfants qui se sont établis à Québec. En 1842, Catherine de Lanaudière séteint à lâge de 75 ans. Cest ainsi que Philippe Aubert de Gaspé devient seigneur de Saint-Jean-Port-Joli.
À partir de cette époque, Philippe Aubert de Gaspé demeure en alternance à Québec et à Saint-Jean-Port-Joli où il habite le manoir seigneurial du printemps à l’automne. À Québec, il renoue avec ses amis du milieu littéraire, notamment avec l’historien François-Xavier Garneau.
Vers les années 1856-1860, Philippe Aubert de Gaspé entreprend la rédaction d’oeuvres majeures de la littérature canadienne. Son roman, Les anciens Canadiens, dont la trame s’articule autour de la conquête de 1760, a pour toile de fond la société canadienne. Mémoires, suite naturelle du premier ouvrage de l’auteur, dépeint lui aussi avec grande justesse les milieux tant urbains que ruraux, et ce, d’après ses propres observations ou encore au travers de témoignages tirés de la mémoire de ses contemporains.
Sources :
Jacques Castonguay, Philippe Aubert de Gaspé, seigneur et homme de lettres;
Luc Lacoursière, Philippe Aubert de Gaspé, dans le Dictionnaire biographique du Canada;
Maurice Lemire, Les anciens Canadiens, dans Dictionnaire des uvres littéraires du Québec.
À lire aussi :
Philippe-Aubert de Gaspé, Des Anciens canadiens au Musée de la mémoire vivante par Serge Saint-Pierre sur le site Internet de l'Encyclopédie du patrimoine culturel de l'Amérique française.